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Le 1er janvier a ceci de particulier qu’il oblige à la décantation.

Comme un vin qu’on laisse respirer, l’année écoulée se pose enfin dans le verre, débarrassée du bruit, des urgences factices et des enthousiasmes trop rapides.

L’année qui s’achève aura été dense, parfois rugueuse, souvent féconde, du moins si l’on prend la peine de considérer le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Elle n’a pas toujours été confortable, mais elle a eu le mérite de tenter la clarté. Elle a rappelé que le terroir n’est ni un décor ni un slogan, mais un espace vécu, habité, pratiqué.

Un lieu où l’on se parle encore, du moins on essaie ; où l’on se croise, où l’on tente de faire ensemble avant même de le théoriser.

Ces derniers mois ont été jalonnés de moments simples et pourtant essentiels. Parler la langue d’ici, avec Parlam Provencau, non par folklore mais par fidélité.

Se retrouver autour d’une table, d’un ouvrage, d’un geste partagé lors de Les Aiguilles du Vendredi, l’instant Tricot’Thé d’Ô Bulles Carrées ! , ou dans ces temps suspendus où l’on se dit «

On s’était dit…1er vendredi, même heure… ».

Créer un rendez-vous festif comme la Saint-Patrick et l’OctoBeerFest, avec Le Cercle d’Arnoul & d’Hildegard, non pour consommer plus, mais pour se rencontrer autrement ou servir une cause.

Amorcer une dynamique collective avec TAAC – Thoronet Agriculture Artisanat Commerce, parce qu’à un moment, il faut cesser d’agir chacun dans son coin et accepter la force du commun pour, tout simplement, exister ou survivre.

Il y a eu aussi des temps plus exigeants, moins visibles, mais tout aussi structurants. La négociation menée pour le compte de l’ASDC, de concert avec l’engagement total de notre maire, face au projet de la SOMECA, en fait partie. Un travail patient, fait d’écoute, d’arguments et, par nécessité, de compromis. Une expérience concrète du réel, loin des postures, qui rappelle que la défense d’un territoire passe d’abord par la capacité à dialoguer et à argumenter sans renoncer à ses convictions.

En filigrane, une autre réflexion a traversé l’année : celle du langage et de l’engagement. À l’ère des slogans jetables, du MAGA trumpiste aussitôt brandi qu’oublié, la communication semble parfois avoir pour fonction première d’empêcher le temps long, la respiration, l’analyse, le libre arbitre. D’où cette tentation assumée de formuler un manifeste pour le terroir. Non pour donner des leçons, mais pour rappeler une évidence trop souvent négligée, au-delà de réflexes protectionnistes servant surtout quelques monopoles et privilèges.

Le terroir repose sur trois piliers indissociables : le sol, le climat et l’homme. Ensemble, ils forment un écosystème vivant qui confère une typicité unique aux productions locales. Le sol nourrit et régule, le climat façonne les rythmes et les maturités, l’homme adapte ses savoir-faire, hérités et transmis, pour révéler le potentiel d’un territoire plutôt que l’exploiter jusqu’à l’épuisement.

L’engagement n’est pas une posture. Ce n’est ni un piédestal ni un prétexte pour imposer un point de vue, encore moins pour ériger une pensée unique en vérité universelle. Il suppose l’écoute avant la parole, l’humilité avant la certitude, et l’acceptation que tout ne soit pas parfait. C’est peut-être même cette imperfection assumée qui rend l’action juste et tenable dans le temps.

Qu’il s’exerce à l’échelle locale, nationale ou européenne, l’engagement n’a de sens que s’il vise d’abord le bien-être de celles et ceux qui ont fait le choix de confier les commandes, même provisoirement.

Le fil conducteur de tout cela reste limpide. Vivre ensemble. Faire ensemble. Non dans l’incantation, mais dans le réel. Dans les contraintes, les agendas, les désaccords parfois.

Le collectif n’est jamais donné. Il se construit, se règle, se corrige. Il demande du temps, voire se mérite.

L’année à venir s’annonce différente, plus exposée sans doute. Un moment où les mots circulent plus vite que les actes, où l’on parle beaucoup d’avenir sans toujours s’accorder le luxe de le penser vraiment, tandis que s’insinue en parallèle un équilibre précaire entre sécurité et droits fondamentaux.

Ce contexte appelle à la mesure, à la précision, à la fidélité aux faits. Le territoire n’a pas besoin de formules choc. Il a besoin de continuité, de cohérence, parfois d’audace, mais surtout d’une vision capable d’assumer la complexité.

Ce billet de début d’année n’est ni un bilan, ni, encore moins, un programme. Plutôt une manière de remettre une bûche dans l’âtre, de veiller à ce que le feu chauffe sans brûler. En somme, une salutaire piqûre de rappel avant d’énoncer la moindre bonne résolution.

Alors, pour cette année qui s’ouvre, je ne formulerai pas de vœux tapageurs. Simplement le souhait que chacun puisse avancer à son rythme, avec suffisamment d’élan pour aller de l’avant et assez de solidité pour tenir dans la durée. Que les corps restent vaillants, les esprits disponibles, et que le chemin, même sinueux, demeure praticable.

Et si l’on devait se perdre un peu, que ce soit toujours pour mieux se retrouver, ensemble, en chemin.