Le jour noté dans l’agenda

On croit que les années éloignent, mais elles ne font que rendre la présence plus profonde.
Aujourd’hui, tu aurais eu quatre-vingt-cinq ans.
Le temps file, nous dirais-tu, comme un ruisseau dans les pierres. Et pourtant, il s’arrête parfois, juste le temps d’un souvenir.
L’an passé encore, nous étions là, autour de toi, à guetter dans ton regard la lumière obstinée d’un dernier automne.
Tu étais fatigué, c’est vrai, un brin lucide même, comme ces arbres qui savent que l’hiver n’est qu’une autre manière de vivre.
Un mois plus tard, tu es parti sans bruit, dans ton sommeil, refermant la porte comme on referme un livre qu’on n’a pas fini, mais dont on connaît déjà la fin.
Depuis, les saisons ont poursuivi leur œuvre.
Les jours passent, indifférents, et pourtant rien n’est tout à fait pareil.
Ce n’est pas ton absence que nous portons,
c’est ta présence, plus discrète, plus diffuse, mais toujours là.
Elle s’attarde dans les gestes simples, dans tes expressions signatures que l’on s’amuse à reprendre, dans le temps du repas qui rythmait ton horloge.
Et dans le cœur, il n’y a pas de vide : seulement ce doux espace où tu respires encore, à ta manière, dans le silence des jours.



