Noël est arrivé aujourd’hui sans la discrétion pudique des choses essentielles.
Il faut bien reconnaître que le temps commercial ne supporte ni l’attente ni le silence. Il annonce Noël dès que l’été s’achève, l’étire à l’automne à coups de téléfilms et de vitrines éclairées, le surcharge, puis l’épuise avant même qu’il n’arrive vraiment.
Les médias accompagnent ce mouvement et finissent par parler de Noël comme d’un événement à consommer, à réussir, à rentabiliser. On croit alors connaître la date, les rituels, les refrains, comme un programme déjà vu.
Et pourtant, chaque année, Noël recommence autrement, comme un rendez-vous ancien qui accepte d’être relu à la lumière du présent.
Avant d’être une fête religieuse, Noël s’inscrit d’abord dans un temps cosmique. Le solstice d’hiver marque le point le plus bas de la course du soleil. La nuit y règne encore, mais déjà, presque imperceptiblement, la lumière reprend du terrain.
Les sociétés anciennes n’y voyaient ni folklore ni superstition, mais une réalité vitale. Sans lumière, pas de semailles à venir, sans promesse du retour du jour, pas d’avenir.
Les fêtes d’hiver répondaient alors à cette inquiétude par un geste simple et puissant : se rassembler.
Le christianisme n’a pas effacé ce socle, il l’a transformé. À la renaissance symbolique du soleil s’est superposée celle de l’enfant. La logique reste proche, seul le récit change. La naissance devient une réponse à la nuit, l’espérance un horizon.
Noël trouve ainsi sa place, quelque part entre ciel et terre, entre croyance et observation, entre mythe et calendrier.
En Provence, cette superposition se lit avec une particulière évidence. Les calendales ne relèvent pas du décor. Elles forment un ensemble cohérent, transmis moins par les livres que par les tables familiales.
Le gros souper, modeste dans sa composition mais riche de sens, prépare la fête sans la dévorer. Les treize desserts, souvent évoqués, racontent autre chose qu’une simple abondance sucrée. Ils suggèrent la diversité, la pluralité des dons, l’idée qu’aucun ne suffit seul, mais qu’ensemble, ils composent une harmonie.
Ces traditions pourraient sembler immobiles. En réalité, elles sont surtout vivantes. Elles organisent le temps long, facilitent la transmission et créent un espace où les générations se parlent, parfois maladroitement, mais se reconnaissent.
Le feu que l’on allumait autrefois dans l’âtre ne servait pas seulement à chauffer la maison : il réchauffait le lien.
À l’heure des agendas chargés, des notifications incessantes et des fêtes parfois déléguées à l’événementiel, Noël rappelle doucement que la valeur est dans le temps partagé, bien plus que dans sa mise en scène.
Que l’on soit croyant, agnostique ou simplement attaché à une certaine idée du foyer, ce moment reste un point d’ancrage, un temps où l’on accepte de ralentir, de manger ensemble, de raconter encore les mêmes histoires, précisément parce qu’elles sont les mêmes.
Alors oui, aujourd’hui, Noël n’est peut-être ni païen ni religieux au sens strict. Mais il reste avant tout un moment profondément humain.
Un temps où, face à la nuit, on choisit de croire, ensemble, au retour de la lumière, et de le faire en famille, entre proche, autour d’une table, d’un feu, ou parfois simplement d’un silence partagé.
Bonne fête à toutes et tous.



