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Un salon professionnel n’est jamais seulement un alignement de bouteilles. C’est une promenade. On y avance verre en main, on écoute, on retrouve parfois un visage connu, et l’on se surprend à penser à sa cave, à sa carte, aux verres que l’on pourrait servir un soir d’estaminet ou de terrasse.

Cette année, Somm’Up, porté par l’Association des Sommeliers Nice Côte d’Azur Provence, aura été de ces salons où certaines dégustations prennent tout de suite un relief particulier.

Le parcours, que j’avais préparé, commence au Château Gasqui. Domaine bien installé chez Ô Bulles Carrées et dans le paysage varois, mais dont certaines cuvées méritaient pour moi une attention renouvelée. La gamme Tardius s’y révèle avec cohérence.

Le rosé, d’abord, intrigue par sa robe. Plus profonde que les teintes très pâles qui dominent aujourd’hui l’univers provençal. À première vue, certains pourraient y voir une forme d’anachronisme. Pourtant, il suffit de porter le verre aux lèvres pour comprendre. La bouche est ronde, ample, presque enveloppante. Un rosé qui rappelle qu’un vin ne se juge jamais à la seule couleur et qu’il faut parfois savoir dépasser les codes visuels pour retrouver le plaisir simple de la dégustation.

Le Tardius rouge, lui, marque une évolution dans la gamme du domaine. Appelé à remplacer le Roche d’Enfer, il semble prendre la relève avec justesse, en conservant l’identité de Gasqui tout en affinant son expression.

Quelques pas plus loin, je retrouve le Château Bellini, avec lequel je travaille également. Il y a toujours un plaisir particulier à revisiter un domaine que l’on connaît. Les cuvées Bocaia, en blanc comme en rouge, confirment cette impression. Des vins nets, précis, qui s’inscrivent naturellement dans une sélection de cave. Ce sont des bouteilles qui trouveront leur place sans bruit, mais avec évidence.

La rencontre avec Véronique Lombardo, au Château Le Devoy Martine, mérite aussi d’être soulignée. L’accueil est aussi charmant que passionné. Membre du réseau Femmes Vignes Rhône, elle porte avec conviction son domaine en appellation Lirac. Les cuvées Via Secreta, en blanc comme en rouge, expriment un équilibre très juste. Lirac possède cette capacité à produire des vins de caractère sans jamais tomber dans la démonstration. J’ai été séduit.

Puis vient ce moment particulier où la dégustation réveille la mémoire.

Au stand du Domaine de la Janasse, voilà près de quinze ans que je n’avais pas retrouvé ces vins dans un contexte professionnel. Les revoir aujourd’hui, présentés par Juliette, nouvelle génération de la famille Sabon, ont fait remonter bien des souvenirs. Les Châteauneuf-du-Pape du domaine possèdent toujours cette profondeur et cette structure qui m’avaient marqué à l’époque. Certains vins traversent le temps sans perdre leur signature.

Et puis il y a les horizons que l’on avait secrètement prévu d’explorer… pour se démarquer.

Du côté italien, plusieurs bouteilles ont ouvert des perspectives intéressantes. Le Valpolicella Ripasso de Torre d’Orti possède cette générosité gourmande qui appelle la table. Dans les Marches, le Verdicchio dei Castelli di Jesi Classico du domaine La Staffa révèle une précision remarquable.

Plus au sud, la Sicile s’invite avec Cala Iancu du domaine Il Mortellito, blanc lumineux, presque solaire.

Au milieu de ces découvertes apparaissent aussi des curiosités attachantes. La visciola, ce vin de griotte original, raconte à sa manière une tradition locale. Et puis le Lagrein du Sud-Tyrol, plus alpin, plus austère peut-être, mais doté d’une vraie personnalité.

Enfin, la dégustation se termine par un voyage plus ancien encore. Avec Salomé Giorgobiani, du domaine familial Ikalto, la Géorgie entre dans le verre.

Les vins y sont élevés en qvevri, ces amphores d’argile enterrées qui perpétuent une tradition millénaire.

En les goûtant, on se rappelle simplement que l’histoire du vin ne commence pas en Provence ni en Italie, mais bien plus à l’est.

En quittant le salon, une idée s’impose doucement.

La Pépie du Gueule Rouge est née comme une pause terrasse d’Ô Bulles Carrées. Un verre, un moment, un échange. Un lieu où l’on s’arrête, parfois plus longtemps que prévu.

Mais les saisons passent, les rencontres s’accumulent, et la curiosité du caviste fait son chemin.

Alors il n’est pas impossible que, dans les mois qui viennent, quelques vins d’ailleurs viennent discrètement se glisser dans la carte. Non pour renier le terroir qui nous entoure, mais pour prolonger la conversation.

Après tout, une terrasse est aussi faite pour voyager un peu.

Et certaines bouteilles donnent simplement envie d’ouvrir la route.