Le premier résultat est-il toujours la bonne réponse ?

Lorsque nous cherchons un plombier, nous pensons d’abord aux travaux que nous souhaitons réaliser. Et lorsqu’une cuvée nous a plu chez des amis ou au restaurant, nous aimerions retrouver cette bouteille, découvrir le domaine qui l’a produite, peut-être même savoir où nous pourrions nous la procurer.

Nous ne cherchons pas spontanément à connaître une entreprise. Nous avons un besoin, parfois simplement une curiosité à satisfaire.

Et la manière d’obtenir une réponse a considérablement évolué.

Dans les usages que j’observe autour de moi, il arrive que la recherche se résume à photographier l’étiquette d’une bouteille avec son téléphone. D’autres préfèrent poser leur question à voix haute, sans même prendre le temps de la saisir sur un clavier.

Les plus familiers de ces pratiques numériques, notamment parmi les jeunes, n’hésitent pas davantage à scanner un QR code aperçu sur leur écran de télévision ou sur une affiche lorsqu’ils souhaitent en apprendre davantage.

Ces gestes sont devenus tellement simples que nous ne prêtons plus nécessairement attention au chemin emprunté par l’information pour nous parvenir.

Une réponse qui semble déjà suffisante

Pendant longtemps, rechercher une information sur Google consistait principalement à parcourir une liste de résultats et à choisir le site qui semblait le mieux répondre à notre question.

Aujourd’hui, pour certaines recherches, un résumé généré par intelligence artificielle apparaît directement dans la page.

La réponse est déjà formulée, parfois accompagnée de quelques liens permettant d’approfondir le sujet. Elle semble réunir l’essentiel de ce que nous voulions savoir.

Je comprends parfaitement l’intérêt de cette évolution. Pourquoi passer plusieurs minutes à consulter différentes pages lorsqu’une synthèse semble apporter immédiatement la réponse attendue ?

Mais quelque chose me questionne dans cette nouvelle facilité.

Lorsque nous consultions directement le site d’un domaine viticole, nous savions au moins qui nous présentait ses vins. En passant par un caviste en ligne, nous pouvions identifier un intermédiaire commercial.

Avec une réponse élaborée par intelligence artificielle, cette distinction devient parfois moins évidente.

Les informations peuvent provenir de publications différentes, rédigées à des périodes éloignées, sans que leur origine ou leur contexte apparaisse clairement dans la synthèse.

Et lorsque celle-ci nous satisfait, nous n’éprouvons pas toujours le besoin d’aller plus loin.

J’avais déjà évoqué cette évolution de nos recherches dans « Votre prochain client ne visitera peut-être ni votre site ni votre boutique ». Elle soulève également une question du côté de celui qui consulte ces réponses : que savons-nous encore de leurs sources ?

Derrière l’information, celui qui nous la présente

Reprenons cette bouteille découverte au restaurant.

Une photographie de l’étiquette peut nous conduire vers un marchand qui la commercialise. Une recherche classique nous orientera peut-être vers le domaine lui-même.

Si un QR code figure sur la bouteille, il pourra nous donner directement accès à une page choisie par celui qui l’a apposé.

Chacune de ces possibilités présente un intérêt. Mais elles ne nous renseignent pas nécessairement de la même manière.

Un professionnel peut légitimement présenter ses produits sous leur meilleur jour. Un intermédiaire peut proposer un service utile en rassemblant des informations difficiles à retrouver autrement.

Encore faut-il savoir qui s’exprime et pouvoir apprécier la portée de ce qui nous est présenté.

Cette question devient plus sensible lorsque nous recherchons une prestation ou un professionnel que nous ne connaissons pas.

Un site particulièrement visible peut être celui d’un intermédiaire commercial, sans que cela soit immédiatement évident. Certains acteurs malveillants exploitent même cette difficulté à identifier les véritables interlocuteurs, notamment au moyen de pages imitant des organismes ou des entreprises connues.

Les pratiques d’hameçonnage nous rappellent combien une apparence familière peut suffire à inspirer une confiance mal placée.

Garder la possibilité de comprendre

Je trouve assez remarquable de pouvoir partir d’une simple photographie et retrouver presque instantanément un produit dont nous ignorions jusqu’au nom.

Ces outils nous ouvrent des possibilités que nous n’aurions guère imaginées il y a quelques années. Ils facilitent la découverte de producteurs et permettent parfois à de petites entreprises de rencontrer des clients bien au-delà de leur environnement habituel.

Il reste pourtant une question à laquelle je reviens souvent : savons-nous réellement ce que nous consultons ?

Une information peut être exacte sans être complète. Un renseignement peut avoir été publié de bonne foi et ne plus correspondre à la situation actuelle.

Et une réponse très convaincante peut nous conduire à nous fier à une interprétation dont nous ignorons les fondements.

Je n’ai aucune envie de transformer chaque recherche en enquête, encore moins de soupçonner systématiquement ceux qui nous renseignent.

J’aimerais simplement que nous puissions retrouver facilement l’origine d’une information lorsque nous en ressentons le besoin, comprendre dans quel contexte elle a été produite et conserver la possibilité de nous faire notre propre idée.

Après tout, lorsque nous photographions l’étiquette d’une bouteille, nous cherchons souvent quelque chose de très simple.

Ce serait dommage que la facilité d’obtenir une réponse nous fasse perdre l’occasion d’en découvrir davantage.