Quand brûler devient plus facile que comprendre
Il est des nouvelles que l’on découvre le matin, entre deux gorgées de café, et que l’on a oubliées avant même d’avoir terminé sa journée. D’autres s’attardent dans un coin de notre esprit. Elles ne bouleversent pas le cours du monde, mais, allez savoir pourquoi, elles vous touchent plus profondément que bien des événements auxquels on accorde une importance considérable.
C’est ce qui m’est arrivé en découvrant l’appel à la solidarité du Félibrige, relayé par Xavier, l’un de nos Varestrels du mercredi, après l’incendie qui a ravagé les locaux de plusieurs associations arlésiennes, installées dans l’ancien collège Frédéric-Mistral.
Dans la nuit du 20 au 21 octobre, le Comité de la Feria, l’Association des photographes du pays d’Arles et L’Étoile de l’Avenir ont été victimes de dégradations. Pour cette dernière, qui fêtait justement ses cent vingt ans d’existence, le bilan est particulièrement cruel. Son local de répétition a brûlé, emportant avec lui des costumes traditionnels et des tambourins, mais aussi une partie de ces archives que l’on conserve parfois sans trop y penser, jusqu’au jour où l’on découvre qu’elles étaient irremplaçables.
Cent vingt ans ! Songez un instant à ce que cela représente.
Lorsque cette association a vu le jour, en 1906, ma grand-mère ne devait naître que huit ans plus tard. Quant à mon arrière-grand-mère, que j’ai eu la chance de connaître, elle avait alors vingt-cinq ans. Cette simple pensée me donne presque le vertige, car elle me rappelle que ces cent vingt années ne sont pas seulement une succession de dates dans un livre d’histoire. Elles traversent plusieurs générations de nos propres familles, et certaines de ces vies nous semblent encore si proches que nous avons peine à les imaginer appartenir déjà à l’histoire.
Pendant tout ce temps, des bénévoles se sont succédé au sein de L’Étoile de l’Avenir, transmettant leurs traditions avec cette patience un peu obstinée de ceux qui savent que les choses auxquelles ils tiennent ne survivront pas toutes seules. Il aura fallu des générations de passionnés pour constituer ce patrimoine dont une partie vient de disparaître en quelques heures.
On parle d’un préjudice matériel d’au moins dix mille euros. C’est une somme importante pour une association, mais presque dérisoire lorsqu’on la rapporte à ce qui a été perdu. Un costume peut se refaire, un tambourin se remplacer. Il en va autrement d’une photographie ancienne ou d’une correspondance oubliée dans un carton, dont personne n’avait peut-être songé à conserver une copie.
J’ai toujours éprouvé un attachement particulier pour ces petites traces du passé qui, mises bout à bout, finissent par raconter l’histoire d’un territoire. Mon intérêt pour le patrimoine et les traditions régionales ne se limite d’ailleurs pas à la Provence, même si j’y retrouve naturellement une large part de ma propre vie. J’aime ces particularismes qui donnent aux régions leur caractère et nous rappellent que la France ne s’est pas construite en effaçant toutes ses différences.
Derrière les associations comme L’Étoile de l’Avenir, il y a des hommes et des femmes qui consacrent une partie de leur existence à entretenir une mémoire collective dont ils savent qu’elle pourrait disparaître avec eux. Ils ne cherchent pas à vivre dans le passé, mais à lui conserver une place dans notre présent.
C’est pourquoi cette nouvelle m’a touché et, je dois bien l’avouer, profondément agacé.
Il faut tout de même se poser la question
Car enfin, qu’est-ce qui peut bien passer par la tête de quelqu’un qui décide de saccager les locaux d’une association dont la seule ambition est de faire vivre une tradition ? Je ne connais évidemment pas les auteurs de ces actes, et l’enquête devra établir ce qui s’est réellement passé à Arles. Il serait imprudent de leur prêter des intentions que rien ne permet aujourd’hui de démontrer. Mais cette précaution ne m’empêche pas de m’interroger sur ce qui peut conduire un individu à détruire ce que d’autres ont mis tant de temps à construire, parfois sans même connaître la valeur de ce qu’il a sous les yeux.
Je songe à cette étrange faculté qu’ont certains individus de se persuader qu’un acte devient moins grave lorsqu’il est commis au milieu d’autres personnes. Nous avons tous vu ces images de violences collectives où l’agitation semble progressivement tenir lieu de raisonnement. Une première dégradation en appelle une autre, et voilà que des personnes qui n’auraient probablement jamais songé à agir seules se découvrent soudain une audace singulière.
Il ne faudrait pas voir dans cette réflexion une condamnation de la contestation. Manifester ou refuser une décision que l’on juge injuste appartient pleinement à notre vie démocratique. Nous aurions même quelques raisons de nous inquiéter si nos concitoyens renonçaient un jour à faire entendre leurs désaccords. Mais il existe une différence essentielle entre défendre une conviction et profiter des circonstances pour détruire ce qui se trouve à portée de main.
Comprendre les circonstances d’une violence est naturellement indispensable. Encore faut-il que cette recherche d’explications ne nous conduise pas à oublier ceux qui en supportent les conséquences, notamment lorsque les dégradations touchent des lieux dont dépend la vie quotidienne de toute une communauté.
Et si l’on brûlait son école ?
Je pense notamment à ces établissements scolaires qui, ces derniers temps encore, ont été la cible de dégradations et parfois d’incendies dans les Bouches-du-Rhône. Il y a là quelque chose qui me laisse véritablement perplexe, tant il me paraît difficile de comprendre ce que l’on espère obtenir en rendant une école inutilisable.
Une école ! Voilà pourtant un endroit auquel chacun peut reprocher quelque chose. Nous avons tous connu ces journées où les heures semblaient interminables, tandis que le soleil, derrière les fenêtres, nous rappelait qu’il existait des occupations autrement plus séduisantes que les exercices inscrits au tableau. Je garde moi-même quelques souvenirs de cette époque, même si j’ai fait partie de ces enfants qui aimaient se rendre en classe.
Mais de là à vouloir mettre le feu à son établissement, il faut tout de même avoir une singulière conception de l’avenir.
Peut-être certains imaginent-ils qu’en rendant leur école inutilisable, ils s’offriront quelques semaines de vacances supplémentaires. L’idée perd cependant de son charme lorsqu’on songe aux élèves qu’il faudra accueillir ailleurs et aux familles qui devront réorganiser leur quotidien. Quant aux enseignants, ils devront poursuivre leur travail dans des conditions qui n’auront rien d’une villégiature improvisée.
Au-delà de ces difficultés immédiates, l’école demeure, malgré ses imperfections, l’un des rares lieux où notre société essaie encore de donner à chacun la possibilité de ne pas rester enfermé dans le milieu où il est né. Nous savons bien que cette promesse n’est pas toujours tenue, que les inégalités persistent et que notre fameux ascenseur social connaît depuis longtemps quelques difficultés de fonctionnement. Mais faut-il pour autant couper les câbles de l’ascenseur ?
Lorsqu’une école est détruite, ce ne sont pas les responsables politiques, dont on conteste éventuellement les décisions, qui se retrouvent privés de salle de classe. Ce sont les enfants du quartier, parfois ceux de sa propre famille, et bien souvent ceux qui avaient le plus besoin de cet établissement pour envisager un avenir différent. Voilà pourquoi je trouve si difficile d’admettre que l’on puisse prétendre dénoncer une injustice tout en s’en prenant à l’un des moyens dont dispose encore la société pour essayer de la corriger.
Cette incompréhension devient plus profonde encore lorsque la destruction touche ce que les générations précédentes nous ont laissé. Car il ne s’agit plus seulement de réparer un bâtiment, mais de savoir ce qui pourra être sauvé d’une mémoire que personne ne reconstituera entièrement.
La mémoire a déjà connu bien des bûchers
En découvrant ce qui s’était passé à Arles, d’autres images me sont revenues, autrement plus anciennes et dont la portée historique n’a évidemment rien de comparable. Je pense à ces photographies de Berlin, en mai 1933, lorsque des étudiants allemands participaient aux autodafés organisés sous l’impulsion du mouvement nazi. Ces scènes m’ont toujours troublé, non seulement à cause des livres jetés dans les flammes, mais surtout parce que ceux qui les y précipitaient étaient précisément des jeunes gens auxquels l’université avait ouvert ses portes.
Ils avaient accès à cet immense héritage de connaissances accumulées au fil des siècles et participaient pourtant avec enthousiasme à la destruction d’ouvrages déclarés incompatibles avec l’idéologie du régime. Quelques années plus tard, des œuvres d’art moderne furent à leur tour confisquées, dénoncées comme « dégénérées » et parfois détruites. L’histoire nous rappelle ainsi une vérité peu rassurante : avoir reçu une instruction ne garantit pas que l’on saura toujours respecter la connaissance.
D’autres souvenirs me viennent à l’esprit, notamment ceux des immenses bouddhas de Bâmiyân, en Afghanistan, que les talibans ont dynamités en 2001. Ces statues avaient traversé les siècles et survécu à bien des bouleversements, mais elles n’ont pas résisté à la volonté d’un pouvoir qui avait décidé qu’elles n’avaient plus leur place dans le monde qu’il entendait imposer. Plus près de nous, l’organisation terroriste Daech a détruit des monuments à Palmyre et à Mossoul, transformant l’anéantissement du patrimoine en instrument de propagande, tout en tirant profit du trafic d’antiquités.
Je sais parfaitement ce que l’on pourrait m’objecter, et l’objection serait justifiée. Ces destructions relevaient d’entreprises idéologiques délibérées, conduites par des régimes ou des organisations qui entendaient imposer leur vision du monde. Rien ne permet d’attribuer une telle intention aux auteurs des actes commis à Arles, dont nous ignorons aujourd’hui les motivations. Je ne cherche donc pas à établir une équivalence entre ces événements, mais à souligner la fragilité de ce que nous croyons parfois acquis pour toujours.
À Berlin, les nazis savaient quels livres ils jetaient au feu. À Bâmiyân, les talibans connaissaient les statues qu’ils voulaient faire disparaître. À Arles, nous ignorons si les auteurs avaient seulement conscience de la mémoire qu’ils détruisaient. Les intentions sont profondément différentes, et cette différence est essentielle pour comprendre les événements. Il n’en demeure pas moins qu’une archive disparue ne revient pas une fois les flammes éteintes.
Cette pensée me ramène à une interrogation plus ordinaire : faut-il nécessairement vouloir effacer une mémoire pour contribuer à sa disparition ?
Faut-il savoir ce que l’on détruit ?
Nous associons volontiers l’obscurantisme à ceux qui cherchent délibérément à empêcher la diffusion des idées ou à faire disparaître les traces d’une culture. Mais je me demande s’il n’existe pas aussi une forme d’obscurantisme plus ordinaire, moins consciente d’elle-même, qui naîtrait simplement de l’indifférence à ce que les autres ont pris la peine de conserver.
Il ne s’agit évidemment pas de considérer tout acte de vandalisme comme une manifestation de l’obscurantisme. Les intentions comptent, et les mots doivent conserver leur sens. Pourtant, lorsqu’un fonds d’archives disparaît, ce sont des témoignages qui deviennent définitivement inaccessibles, même si personne n’avait expressément cherché à les faire disparaître.
Il y a d’ailleurs quelque chose de paradoxal dans cette fragilité de la mémoire à une époque où nous n’avons jamais autant enregistré nos existences. Nos téléphones débordent de photographies, nos conversations se conservent sur des serveurs dont nous ignorons parfois jusqu’à l’emplacement, et nous avons pris l’habitude de croire que tout pouvait être sauvegardé. Cette abondance de traces numériques nous donne presque le sentiment que l’oubli serait devenu une difficulté technique que quelques sauvegardes suffiraient à résoudre.
Mais une vieille photographie jaunie, conservée depuis cinquante ans dans une boîte en carton, n’a pas nécessairement son double numérique. Il en va de même d’une correspondance manuscrite ou de ces documents que l’on retrouve au fond d’une armoire et qui nous apprennent, mieux que bien des ouvrages, comment vivaient ceux qui nous ont précédés. Lorsque ces traces disparaissent, il n’existe aucun bouton permettant de revenir en arrière.
Le progrès technique ne nous dispense donc pas de cette vieille responsabilité humaine qui consiste à prendre soin de ce que nous avons reçu. Nous pouvons multiplier les moyens de conserver les souvenirs, mais encore faut-il leur accorder suffisamment d’importance pour vouloir les transmettre.
Ce qui appartient à tout le monde
Nous avons parfois une étrange manière de considérer les biens collectifs. Lorsqu’une vitrine est brisée chez un commerçant, nous comprenons immédiatement qu’il y a une victime. Mais lorsqu’il s’agit d’une école ou d’un musée, la perte semble soudain se dissoudre dans cette abstraction commode que l’on appelle la collectivité, comme si ce qui appartenait à tout le monde finissait, par une curieuse opération de l’esprit, par n’appartenir à personne.
Or c’est précisément l’inverse. Une école a été construite avec l’argent de tous, un musée a constitué ses collections au fil des années et une association a rassemblé ses archives grâce au travail patient de bénévoles. Derrière ces biens, il y a toujours des personnes qui les utilisent ou qui les entretiennent, et qui découvrent un jour qu’une partie de leur travail vient de disparaître.
Je trouve d’ailleurs assez paradoxal que nous soyons si prompts à célébrer notre patrimoine lorsqu’il prend la forme d’un château ou d’une abbaye, et parfois si peu attentifs à celui qui se conserve dans les cartons d’un vieux local associatif. J’aime les beaux monuments, naturellement, mais l’histoire d’un territoire ne se raconte pas uniquement à travers ses pierres les plus prestigieuses. Elle vit aussi dans ses fêtes et dans ces traditions que l’on transmet sans toujours prendre conscience qu’elles constituent, elles aussi, une forme de patrimoine.
Et puisque nous parlons de patrimoine, je m’autoriserai une petite digression. Vous me connaissez, j’ai quelque difficulté à résister à ces détours que l’histoire nous offre, surtout lorsqu’ils permettent d’éclairer notre présent.
Je me demande parfois si notre vieille France jacobine n’entretient pas, elle aussi, un rapport un peu compliqué avec ses particularismes régionaux. Il faut reconnaître aux Jacobins une ambition qui, dans le tumulte de la Révolution, pouvait se comprendre : construire une nation de citoyens égaux, unis par des institutions communes, et permettre à chacun de participer à une même vie politique, quelle que soit sa province d’origine. L’intention avait sa grandeur, mais l’unité a parfois cette fâcheuse tendance à se prendre pour l’uniformité.
En 1794, l’abbé Grégoire présentait devant la Convention son rapport sur la nécessité d’« anéantir les patois » et d’universaliser l’usage de la langue française. Les mots étaient ceux de l’époque, et ils avaient au moins le mérite de ne pas dissimuler l’objectif poursuivi. Il faudra attendre 2008 pour que notre République reconnaisse, dans sa propre Constitution, que les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France. Une reconnaissance dont la portée demeure toutefois limitée, puisque ces langues ne bénéficient pas du même statut que le français et que la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires se heurte toujours à des obstacles constitutionnels.
Je n’ai aucune nostalgie d’une France morcelée, où l’on aurait eu toutes les peines du monde à se comprendre d’une province à l’autre. Mais je ne vois pas davantage pourquoi l’unité nationale exigerait que nous renoncions à ce qui fait la singularité de nos territoires. Il me semble même que la France est d’autant plus intéressante qu’elle ne se ressemble pas partout, et qu’une langue régionale encore parlée représente bien davantage qu’une curiosité folklorique destinée à divertir les visiteurs pendant les fêtes de village.
Cette vieille tentation centralisatrice n’a d’ailleurs pas complètement disparu de notre vie politique. Elle traverse les époques et change de vocabulaire, au point de se retrouver, sous des formes différentes, dans des familles de pensée que presque tout oppose par ailleurs. Comme quoi il arrive à des adversaires que l’on imagine déjà se disputer les prochaines échéances présidentielles de partager quelques héritages historiques sans nécessairement leur donner la même signification.
Je ne voudrais toutefois pas que cette digression nous éloigne de notre sujet. Le jacobinisme appartient à l’histoire de nos institutions et ne saurait être rapproché des actes commis à Arles. Il nous invite simplement à considérer qu’une culture peut aussi s’appauvrir sans qu’aucun incendie ne soit allumé, lorsque sa langue cesse peu à peu d’être parlée, que ses traditions ne trouvent plus personne pour les transmettre ou que les associations qui les font vivre ne disposent plus des subventions nécessaires pour poursuivre leur travail.
C’est précisément pour cela que les associations comme L’Étoile de l’Avenir me paraissent si précieuses. Elles entretiennent, à leur échelle, une diversité que les grandes déclarations sur le patrimoine national ne suffisent pas à préserver. Elles ne sont pas des musées dans lesquels on viendrait contempler un passé définitivement révolu, mais des lieux où ce passé continue de dialoguer avec le présent, grâce à des personnes qui ont choisi de lui consacrer une partie de leur temps.
Et c’est ce dialogue que l’incendie d’Arles vient brutalement interrompre.
Ce qui restera après les flammes
À Arles, il faudra maintenant réparer ce qui peut l’être et tenter de retrouver, auprès des familles ou d’anciens membres, quelques traces de ce qui a disparu. Le Félibrige et d’autres acteurs de la vie provençale ont appelé à la solidarité, et je souhaite que cet élan permette aux associations touchées de reprendre leurs activités sans perdre le courage de poursuivre ce qu’elles avaient entrepris. Il serait bien triste que les auteurs de ces actes, quels qu’ils soient, aient également réussi à décourager ceux qui consacrent leur temps à faire vivre une mémoire collective.
Mais au-delà de cette nécessaire solidarité, je voudrais que nous prenions le temps de nous interroger sur notre rapport à ce qui nous entoure. Nous avons parfaitement le droit de contester l’ordre établi, et il est même parfois salutaire de refuser ce que l’on nous présente comme une fatalité. La colère peut être légitime et les injustices bien réelles, sans que cela nous dispense de réfléchir à ce que nos actes feront subir à ceux qui n’y sont pour rien.
Je n’ai pas la prétention de résoudre en quelques lignes la question de la violence dans notre société. Je sais simplement qu’il me paraît difficile de construire un avenir meilleur en commençant par réduire en cendres ce que les générations précédentes nous ont laissé, surtout lorsque cet héritage constituait précisément l’un des moyens de transmettre aux générations suivantes un peu de ce qu’elles avaient appris.
Je reviens alors à ces cent vingt années qui m’avaient frappé en découvrant la nouvelle. Plusieurs générations de passionnés et de bénévoles ont contribué à l’histoire de L’Étoile de l’Avenir, souvent sans imaginer qu’un jour quelqu’un prendrait la peine de la raconter. Il aura fallu tout ce temps pour rassembler leurs souvenirs et faire vivre des traditions dont ils avaient hérité. Quelques heures auront suffi pour en effacer une partie.
Je repense à mon arrière-grand-mère, qui avait vingt-cinq ans, dans cette ville textile du Nord, lorsque cette association voyait le jour. Je repense aussi à ces archives dont nous ne saurons peut-être jamais exactement ce qu’elles contenaient, et je mesure combien le temps qui nous sépare des générations précédentes est parfois moins grand que nous l’imaginons.
Notre époque, si fière de ses progrès et de ses connaissances, aurait peut-être intérêt à se souvenir d’une chose assez simple.
Il faut beaucoup de patience pour transmettre une mémoire. Il suffit parfois de bien peu d’intelligence pour la détruire.




